Carte vitale, éditions de l'imparfait, 2009 (extraits)

Réminiscence.

 Des dunes à perte de vue. Au pas des chameaux, la caravane avance lentement, laissant des traces sur le sable brûlant. Sous le drap bleu mer les yeux plissés du touareg fixent l’horizon dans la chaleur épaisse et sèche. La lumière est partout. Dans le crépuscule orange voici enfin la ville  rouge avec ses murs de terre, surgie de nulle part. La caravane reprendra son chemin demain dans le froid de la nuit.

 Dans le petit village où j’habitais enfant, la veille du 14 juillet, il y avait une marche à la nuit tombée. Les enfants tenaient à la main une branche au bout de laquelle se trouvait une bougie dans une lanterne en accordéon. Je me souviens du moment magique, où émergeant de la nuit, les lampions multicolores passaient devant les grilles de la maison et enfin libéré, je pouvais prendre ma place parmi les autres. La nuit était chaude et sentait l’odeur de la terre. Nous marchions jusqu’à la sortie du village là où avait lieu le feu d’artifice. Il était bien modeste mais dans ma mémoire, il était superbe. Bonheur de l’enfance d’avant le grand arrachement.

 

[...]

 

La pluie qui tombe dehors me berce par sa musique monotone.

C’est une longue après-midi grise où les heures s’écoulent paresseusement.

Je rêve devant un thé brûlant que je bois doucement par petits à-coups Dans le silence, j’écoute la respiration du temps, je vois l’invisible et j’ai la perception du vide autour de moi. Mon corps est engourdi, mes paupières lourdes de tant de gris et je m’abandonne avec délice dans un ailleurs bigarré et mystérieux d’où je reviens apaisé et calme, prêt de nouveau à affronter la réalité implacable.

 

[...]

 

Mystère du temps passé.

Souvenirs qui viennent de loin pour vous frapper soudain en plein cœur

Et vous laissent nu et seul dans une chambre obscure.

Il pleut dans ma mémoire. Le vent qui souffle dans la rue noire emporte des visages avec des cheveux fous.

Les aiguilles de l’horloge ont tourné sans cesse, dans le silence de la grande maison.

Hélas, j’avais la tête ailleurs.

Je rêvais de l’amour absolu, un amour si beau et si fort qu’il puisse éclairer la nuit et obscurcir le soleil. J’avais soif de beauté et de liberté.

J’ai longtemps attendu. Mais le fil des jours a brûlé mon rêve.

J’étais si seul alors sur la plage déserte. J’ai eu si froid que les larmes ont gelé sur mes joues.

Il fallait marcher, encore marcher car dans la nuit glaciale, se cachait une toute  petite maison bien chauffée.

Il faut croire jusqu’à la mort.

Les rêves bleus ne se réalisent jamais.

Maintenant, je te tiens par la taille,

nous dansons tous les deux,

nous dansons pour  l’éternité.

 

 dessin2-1.jpg

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site