Rencontre (nouvelle, 2000)

Ernest rentrait chez lui, au milieu de la nuit par les rues froides de la ville bleue. Tout semblait si calme. Ernest marchait d’un bon pas effleurant du doigt la tôle des voitures, carcasses de métal assoupies. Un bruit au loin, le tira de ses pensées. Il s’arrêta de marcher, attentif. Le son était très loin mais il lui semblait qu’il se rapprochait vers lui. Un son bizarre comme une plainte lancinante.

Ernest reprit sa marche, d’un pas plus rapide, cependant le bruit s’intensifiait, du métal froid crissant sur le bitume, dans l’air glacé. Maintenant, Ernest courait presque. Longeant la voie de chemin de fer, la rue lui paraissait interminable. Et le vacarme assourdissant se rapprochait encore, inexorablement. Ernest s’engagea sous le Pont Noir. Il sentit des gouttes de sueur perler de son front,  Ernest s’arrêta de nouveau, écouta avec attention : oui, c’était cela, un tic-tac énorme, oppressant qui crevait le silence de la nuit. Il sentit la terreur s’emparer de lui.

Enfin, à la sortie du Pont Noir,  il aperçut la chose et resta éberlué. Cette chose qui était là, devant lui, c’était une horloge ancienne, éventrée, le mécanisme à nu, la longue tige de métal traînant lamentablement sur le sol. C’était cela  qui produisait ce son inquiétant et l’horloge  continua son chemin avec lenteur, tic-tac grinçant, obsédant.

Ernest ne bougea pas. La lumière d’un réverbère lui laissa voir une dernière fois la chose, un cœur monstrueux, cercle de métal brillant.  Puis cette vision s’évanouit, happée par la nuit.

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